RAPPORT SCIENTIFIQUE DU CNRS, JUIN 2012

Immersion dans la cellule
Qu’elle soit animale ou végétale, cette entité vivante fascine bien des scientifiques. Scrutée sous toutes les coutures à l’aide de méthodes d’investigation toujours plus sophistiquées, la cellule révèle des mécanismes de régulation génétique inédite.

S’inspirer d’une symbiose pour améliorer la nutrition des plantes
Les mycorhizes résultent de l’association symbiotique d’un champignon avec les racines d’une plante. C’est en étudiant de plus près ce type de symbioses que des chercheurs ont découvert un nouveau genre de signaux moléculaires synthétisés par des champignons mycorhiziens: les facteurs Myc. À partir de tests réalisés en laboratoire, ils ont montré que ces molécules actives à faible dose stimulaient la formation des mycorhizes chez des légumineuses telles que la luzerne mais aussi chez des espèces d’autres familles végétales. Les scientifiques, qui ont par ailleurs mis au point des procédés de génie génétique bactérien pour synthétiser les facteurs Myc, souhaitent désormais tester leur activité biologique en conditions agronomiques. Ces molécules naturelles et biodégradables, capables de favoriser la mycorhization et la croissance du système racinaire d’un large éventail de végétaux, pourraient en effet améliorer les rendements de nombreuses cultures vivrières sans apport supplémentaire de fertilisants.
Nature 
janvier 2011

La face cachée du génome se dévoile
En réalisant un séquençage à grande échelle du génome de la levure, des généticiens y ont identifié 1 600 nouveaux ARN non-codants. Ces séquences inédites qui ont la particularité d’être transcrites en sens inverse des ARN codants peuvent, dans certains cas, réguler l’expression des gènes. Cette découverte, qui confirme que la « part cachée » des génomes occupe une place primordiale dans la régulation de l’expression des gènes, ouvre la voie à de futures études chez des organismes plus complexes.
Nature  juin 2011

La famille des virus géant s’agrandit
Après avoir participé en 2003 à la découverte de Mimivurus, le plus grand virus jamais décrit jusqu’alors, une équipe de chercheurs a mis au jour près des côtes chiliennes un nouveau virus géant baptisé Megavirus chilensis. Encore plus gros et génétiquement plus complexe que son cousin, ce microorganisme possède en outre sept enzymes-clés de l’appareil de traduction génétique, dont trois sont également présentes chez Mimivirus. De telles similitudes renforcent le scénario attribuant à cette famille de virus géants un ancêtre commun qui disposait déjà de son propre système de traduction des protéines.
Proceedings of the National Academy of Sciences
  octobre 2011

Lumière sur l’interaction des UVA avec l’ADN
Les rayons ultra-violets A (UVA) engendrent des cancers de la peau en provoquant des lésions irréversibles de notre ADN. Pour la première fois des scientifiques ont montré que l’absorption des rayons UVA augmente sensiblement lorsque l’ADN se présente sous la forme d’une double hélice. La probabilité qu’un photon UVA absorbé provoque des altérations physico-chimiques de l’ADN serait alors au moins dix fois plus élevée que dans sa configuration simple brin. Reste désormais à confirmer ces résultats pour des séquences nucléotidiques semblables à l’ADN naturel.
Journal of the American Chemical Society  mars 2011


 

 

L’évolution, l’histoire de la vie
Les scénarios évolutifs ne sont pas figés dans le temps. Qu’ils les dissèquent à l’aune des périodes géologiques ou d’un groupe d’espèces, les scientifiques en réajustent sans cesse les contours.

Identification des premiers insectes à trois paires d’ailes
Les membracides sont des insectes qui ont la particularité d’être coiffés d’un casque proéminant. La nature exacte de cette structure anatomique qui, selon les espèces, peut évoquer une fourmi en posture d’attaque, une feuille morte, où une épine faisait encore débat il y a peu. En observant ce casque au microscope électronique des entomologistes ont constaté qu’il ne s’agissait  pas d’une simple excroissance de l’enveloppe externe de l’insecte. Cet appendice dorsal attaché de chaque côté du thorax par une articulation, avec des muscles et de la membrane flexible qui lui permettent d’être mobile, dispose en fait de tous les attributs anatomiques d’une paire d’aile. D’un point de vue génétique les chercheurs ont également montré que les mêmes gènes interviennent pour le développement du casque et des ailes. Ces travaux prouvent ainsi que les membracides constituent le premier groupe d’insectes pourvu d’une troisième paire d’ailes. Une véritable prouesse évolutive dont l’origine pourrait résider dans le programme génétique dédié à la formation de leurs ailes.
Nature  mai 2011

Selon une nouvelle étude, après l’extinction qui a marqué la fin de l’ère primaire, il y a 252,6 millions d’années, les récifs à animaux multicellulaires ont mis moins de dizaine de deux millions d’années pour réapparaître et se diversifier, et non une dizaine comme on le supposait.
Nature Geoscience  octobre 2011

Des restes humains découverts en Crimée (Ukraine) ont été datés de 32 000 ans. Il s’agit du plus ancien témoignage direct de la présence de notre espèce au Sud-Est de Europe.
PLoS ONE  juin 2011

L’hérédité non génétique fait son entrée sur la scène de l’évolution
En s’appuyant sur plusieurs exemples puisés dans la littérature scientifique, des chercheurs montrent que c’est la complexité des interactions entre les divers systèmes d’hérédité, génétiques ou non, qui crée la richesse des processus évolutifs. Leur étude propose de faire entrer l’hérédité non génétique (variation épigénétique, hérédité écologique et culturelle…) dans les approches écologiques et évolutives et d’élargir ainsi le champ de la théorie de l’évolution. Aller au-delà du dogme du « tout génétique » pourrait alors conduire à une compréhension plus profonde des sciences de l’évolution et de la biodiversité.
Nature Reviews Genetics
  juillet 2011

 

 

 

 

L’Univers se dévoile
Sondes spatiales, télescopes terrestres et observatoires en orbite autour de la Terre unissent leurs efforts pour balayer la voûte céleste. Une planète potentiellement habitable et l’étoile la plus primitive jamais découverte figurent parmi la moisson 2011.

ALMA pointe avec succès ses premières antennes vers le cosmos
Entré en fonction avec 30% de ses capacités définitives,  l’Atacama Large Millimeter/submilliter Array (Alma) est déjà à ce stade le télescope millimétrique le plus performant jamais construit par l’homme. Fruit d’un partenariat international, ce puissant outil astronomique, dont la construction s’achèvera en 2013, a déjà fourni sa première image. Alma est ainsi le premier télescope à pouvoir visualiser avec une telle finesse les structures interstellaires au sein de galaxies en interaction dans lesquelles se forment les nouvelles générations d’étoiles.

Une planète peut-être habitable à quelques années-lumière de la Terre
Gravitant autour d’une étoile naine à 20 années-lumière de notre système solaire, l’exoplanète rocheuse Gliese 581d était jusqu’alors considérée comme trop froide pour pouvoir abriter de l’eau liquide. En s’appuyant  sur un modèle numérique capable de simuler une large gamme de conditions climatiques sur les exoplanètes, des scientifiques ont pu réviser ce verdict. Dans le cas fort probable où Gliese 581d disposerait d’une atmosphère dense de dioxyde de carbone, son climat serait alors suffisamment chaud pour permettre la formation d’océans, de nuages et de pluie.
The Astrophysical Journal Letters
 mai 2011

La mesure des distances à travers l’Univers gagne en précision
En astrophysique la luminosité des supernovæ sert d’étalon pour la mesure de grandes distances et donc pour déterminer avec précision l’accélération de l’expansion de l’Univers. La précision de ces mesures était jusqu’alors limitée car on supposait que la variation de couleur de ces supernovæ était due à l’absorption de la lumière par des poussières différentes de celles observées dans la Voie Lactée. L’analyse spectrométrique de 76 supernovæ réalisée par l’équipe internationale SNF (Nearby Supernova Factory) démontre en fait qu’il n’en est rien. Une découverte qui améliorera la détermination des distances dans l’Univers jusqu’à 10 milliards d’années lumières.
Astronomy & Astrophysics
  avril 2011


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