« Le ralentissement de l’économie lié au Covid-19 risque de provoquer une crise généralisée de la demande »

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ACTUALITÉS DU CIRAD, MAI 2020

La pandémie de Covid-19 met à mal des pans entiers de notre système économique. Elle perturbe notamment l’approvisionnement mondial de certaines ressources alimentaires de base comme les céréales. Quel est l’impact de cette crise sur les prix du riz et la sécurité alimentaire des personnes les plus vulnérables ? Les réponses de Patricio Mendez del Villar, économiste au Cirad et spécialiste des marchés internationaux et des filières rizicoles.


Quelles sont les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les prix des denrées alimentaires de base?

Patricio Mendez del Villar : Depuis le début de cette crise sanitaire, seuls les marchés du blé et du riz ont subi de fortes tensions sur les prix. A l’origine de ces tensions se trouve la décision de grands pays exportateurs, fin mars, de limiter ou geler temporairement leurs exportations.

Dans le cas du riz, cette hausse vient également du fait que le marché international est très marginal : 9 % seulement de la production mondiale est exportée. Or, depuis le début de la crise, la Thaïlande, deuxième exportateur au niveau mondial derrière l’Inde et devant le Vietnam, est le seul à ne pas avoir limité ses exportations.

Les pays importateurs se sont donc tournés massivement vers la Thaïlande. Conséquence : les prix ont grimpé de 30 % en quelques semaines. Le Vietnam a depuis repris ses exportations de riz, tout comme l’Inde. La situation tend donc aujourd’hui à se normaliser. Les volumes de riz sur le marché international devraient malgré tout diminuer de façon significative durant le deuxième trimestre 2020. Malgré un début de stabilisation, les prix mondiaux devraient rester à des niveaux élevés pendant encore plusieurs mois.

En quoi la crise actuelle diffère-t-elle de celle de 2008?

P.M. d. V. : La crise économique et financière de 2008 avait provoqué la hausse des prix de nombreuses matières premières, tant alimentaires qu’énergétiques. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un ralentissement de l’économie mondiale. Ce ralentissement risque de provoquer, non pas une crise de l’offre issue de la limitation des exportations, comme en 2008, mais une crise de la demande. La situation actuelle est, en effet liée à une perte généralisée du pouvoir d’achat suite à la mise à l’arrêt d’un grand nombre de secteurs d’activité et les mesures de confinement prises par certains Etats.

Qu’en est-il du risque de pénurie alimentaire?

P.M. d. V. : Contrairement à la crise économique précédente, les disponibilités exportables et les stocks mondiaux de denrées alimentaires sont très abondants à l’heure actuelle. Alors qu’en 2008, les restrictions prises par l’Inde sur ses exportations de riz s’étaient prolongées jusqu’en 2011, le pays a d’ores et déjà relancé les exportations de cette céréale.

Depuis début avril, nous n’avons pas non plus assisté à des achats massifs de riz de la part des principaux pays importateurs.

Quant aux hausses actuelles, elles restent en outre très limitées. Début mai, le prix moyen du riz se situait autour de 480 dollars/tonne contre 390 dollars en début d’année. Celui-ci avait atteint en moyenne près de 950 dollars/tonne au printemps 2008.

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Où se situent les principales tensions en termes de sécurité alimentaire?

P.M. d. V. : Dans les pays importateurs pour l’essentiel, comme les Philippines, l’Indonésie ou le Sénégal. Ceux-ci disposent de moins de deux mois de stocks. Et leurs réserves pourraient même diminuer plus rapidement si les consommateurs se mettent à acheter du riz en grande quantité, par crainte d’une pénurie.

Un autre sujet d’inquiétude vient du risque de baisse des revenus qui pourrait affecter très fortement le pouvoir d’achat des plus fragiles. Face à ce risque, certains pays ont déjà pris les devants. Le Sénégal, par exemple, a décidé d’acheter 140 000 tonnes de riz aux commerçants locaux pour le redistribuer aux ménages les plus pauvres. D’autres pays africains commencent aussi à mettre en place des programmes d’urgence en faveur des populations les plus démunies.

A une toute autre échelle, le moratoire décrété par le G20 sur le remboursement de la dette publique de 77 Etats à bas revenus devrait permettre de libérer 14 milliards de dollars de liquidités. Ces ressources financières serviront non seulement à combattre la pandémie dans ces pays mais aussi à assurer la sécurité alimentaire de leurs populations les plus fragiles.

La Chine est-elle en mesure de réguler le marché du riz si les acteurs clés de la filière devaient de nouveau se résoudre à réduire leurs exportations ?

P.M d. V. : Alors que les stocks de riz chinois s’élevaient, en 2008, à 58 millions de tonnes, ils dépassent désormais les 105 millions de tonnes. Cela représente 60% des réserves mondiales. Grâce à ces réserves pléthoriques, la Chine a donc effectivement bien la capacité de réguler le marché mondial du riz. Pour autant, Pékin n’a pas encore annoncé son intention de commercialiser d’importantes quantités de riz dans le cas où les prix repartiraient à la hausse. Il est donc encore trop tôt pour faire le bilan de sa stratégie commerciale sur le marché du riz en 2020.

Photo 1 : Patricio Mendez del Villar © Patricio Mendez del Villar, Cirad
Photo 2 : Scène quotidienne sur un marché alimentaire de Accra (Ghana) © Patricio Mendez del Villar, Cirad

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